Réponse à Francis Goumain de Jeune Nation sur le Vatican et l'antisémitisme

C'est avec un profond regret que nous avons lu, sur le très respectable site Jeune Nation qui porte le glorieux nom du mouvement créé jadis par le non moins glorieux Pierre Sidos, un article tout simplement affligeant, tant sur le fond que sur la forme. Cet article regorge d'erreurs qui en viennent à décrédibiliser ce qu'il peut comporter de vérités. Les conclusions que l'on en tire se lisent en commentaires (l'orthographe a été conservée) : 

« C est impossible d être national socialiste et catholique... De même avec 2/100 de catholiques pratiquants (dont 150000 traditionalistes) le national catholicisme est une impasse pour ce pays. Il faut faire table rase de 2000 ans d abrahamisme dans le monde blanc. Seul un mouvement 100/100 laic est légitime pour prendre la tête des révolutionnaires de demain. » « Spirituellement, nous sommes des sémites » citation de Pie 11... Quelle belle religion. »

Et cela sans aucune réaction de l'auteur de l'article...

Que dit cet article ? Prenons les choses dans l'ordre chronologique.

L'encyclique Mit brennender Sorge du 14 mars 1937 (dont l'auteur attribue trop rapidement la paternité au seul cardinal Pacelli, futur Pie XII) serait une condamnation du national-socialisme en raison de son antisémitisme et appellerait plus ou moins ouvertement à la révolte contre le IIIème Reich. Pour défendre une telle assertion, il faut tout simplement n'avoir pas lu une ligne de l'encyclique en question : un tel amateurisme laisse rêveur...

À aucun endroit de l'encyclique ne sont évoqués les mesures antisémites, de même à aucun endroit le national-socialisme n'est condamné explicitement : il s'agit d'une encyclique « sur la situation des catholiques dans le Reich allemand ». Elle se place dans un contexte de tensions entre le Reich et l'Église sur des sujets comme l'eugénisme, la jeunesse et l'école. « Ces tensions entre le Reich et la hiérarchie catholique vont pousser le ministre de la propagande Joseph Goebbels à monter, à partir de 1935, une grande campagne visant à dénoncer l'immoralité de l'Église romaine : des centaines de clercs et de laïcs catholiques sont arrêtés (à tort ou à raison) pour contrebande de devises ou délits sexuels. Goebbels médiatise à l'excès ses procès afin de discréditer l'Église, qu'il qualifie publiquement, dans son discours du 28 mai 1937 à Berlin, de « moralement corrompue ». Non content d'exploiter toutes les affaires de ce genre en Allemagne, il s'efforce même d'utiliser celles ayant lieu à l'étranger : en effet, Léon Degrelle (pourtant peu suspect d'anti nazisme) raconte qu'à l'occasion d'un crime commis en Belgique par un Frère des Écoles Chrétiennes (simple d'esprit, il avait violé et tué un jeune), « on vit atterrir à Bruxelles, aussitôt connu l’événement, un avion spécial contenant vingt journalistes berlinois, chargés par Goebbels en personne de mettre en scène, pour la presse de leur pays, ce fait divers qui n'avait occupé que quelques lignes de la presse anticléricale belge. Le rédacteur spécial de l'Agence DNB reçut l'ordre de téléphoner plusieurs colonnes de copies à propos de ce crime sans signification. Goebbels avait voulu montrer que ses procès de mœurs lancés pour terroriser le clergé allemand avaient leurs pendants à l'étranger. » [Léon Degrelle, De Rex à Hitler] « C'est Hitler lui-même qui finira par mettre un terme à cette campagne fin juillet 1937. » (National-Socialisme et catholicisme, l'impossible conciliation ?, aux éditions Saint Barthélemy) La question juive n'est évoquée ni dans l'encyclique, ni dans la note du gouvernement allemand lui répondant, ni dans la note du cardinal Pacelli répondant au gouvernement allemand. Par ailleurs, nous savons par la note de l'ambassadeur de France Léon Bérard du 2 septembre 1941 que le Vatican, dirigé alors par Pie XII, n'avait rien à redire aux mesures antisémites décrétées par le gouvernement de Vichy. Cela étant dit, il reste libre à tout catholique de pouvoir critiquer, non pas la doctrine défendue par l'encyclique (qui est tout simplement la doctrine catholique), mais l'opportunité de sa publication par rapport à l'encyclique Divini Redemptoris sur le communisme et la guerre d'Espagne en cours. On remarquera néanmoins, à la décharge du Vatican, que la publication de l'encyclique entraîna, entre autres, quelques mois plus tard, l'ordre personnel d'Hitler arrêtant la campagne anticléricale de Goebbels.

Quant à prétendre que les arguments développés dans l'encyclique « pourraient s’appliquer à n’importe quel état non théocratique », c'est là encore une véritable farce : fort heureusement, tous les États « non théocratiques » n'encourent pas ces reproches de falsification de la religion mérités par le « christianisme positif » de Rosenberg (maintes fois désavoué par Hitler lui-même) ou le panthéisme germaniste de Himmler (dont le même Hitler se moquait ouvertement) !

L'Église appelant à la révolte contre le IIIème Reich ? On croit rêver ! La lettre commune de l'épiscopat allemand (dont plusieurs représentants ont participé à la rédaction de l'encyclique) se terminait ainsi : « Chers diocésains. Vos évêques vous ont exposé quelques-unes de leurs préoccupations. Nous n'abandonnerons pas un iota des vérités de notre sainte foi et nous nous ferons toujours les garants des droits inaliénables de notre sainte Église. Mais en outre, avec une même détermination, nous, vos évêques, et à notre suite tous les fidèles catholiques, voulons déclarer notre profond respect pour l'autorité de l'État et collaborer, autant que possible, en paix et en confiance avec l'État. Même là où nous repoussons les violations des droits de l'Église, nous voulons respecter les droits de l'État dans le domaine étatique et reconnaître ce qu'il y a de bon et de grand dans l’œuvre du Führer. Aussi vos évêques concluent-ils par l'avertissement : ne vous laissez pas entraîner par des hommes mécontents dans la dissension et la paresse qui constituent le meilleur terrain qui soit pour des attitudes bolchevistes. Si des disciples cachés de la conception moscovite devaient vous accoster, ne vous laissez pas tromper ni distraire de l’œuvre commune de défense de la civilisation chrétienne. » En effet, « Face à cela [le bolchevisme], personne ne peut rester en dehors et s'abstenir de prendre position. Pour notre peuple et pour la culture chrétienne de l'Occident, l'heure du destin a sonné. » (Lettre lue le 3 janvier 1937 dans toutes les églises du pays.) Les mêmes évêques soutinrent constamment, de 1939 à 1945, l'effort de guerre allemand, ce qui ne les empêcha nullement de protester contre les mesures anticléricales prises par Martin Bormann ou certains gauleiters dans le dos d'Hitler (que celui-ci s'empressa de supprimer dès qu'il en eut connaissance) ou contre l'euthanasie (qui fut effectivement arrêtée dès 1941). Nous conseillons vivement à l'auteur de l'article et à toutes les personnes intéressées la lecture de notre ouvrage sur la question : National-Socialisme et catholicisme, l'impossible conciliation ?

Après Mit brennender Sorge, l'auteur de l'article passe directement au concile Vatican II : « Vatican II, c’est essentiellement la reconnaissance par l’Église [...] de sa « responsabilité dans l’antisémitisme millénaire qui a conduit à Auschwitz ». Ni plus, ni moins. » L'auteur effectue ici un anachronisme flagrant. Ni plus, ni moins.

À aucun endroit du concile n'est cité Auschwitz, encore moins la responsabilité de l'Église à son égard. C'est Jean-Paul II le premier qui se rendra, quinze ans plus tard, sur le haut lieu de pèlerinage de la nouvelle religion shoahtique, et c'est sous son pontificat qu'auront lieu des « repentances », d'abord de la part d'épiscopats (notamment français et allemand), et ensuite par le pape lui-même en l'an 2000. À aucun moment, même sous Jean-Paul II, l'Église n'a fait siennes l'ensemble des propositions ubuesques et hérétiques de l'israélite Jules Isaac. Dans sa constitution dogmatique Dei Verbum, le concile Vatican II rappelle l'enseignement traditionnel déclarant inspiré de Dieu l'ensemble des livres canoniques constituant la sainte Bible, y compris les Évangiles, y compris celui de saint Matthieu.

Contrairement à ce que prétend M. Goumain, la déclaration Nostra Aetate, qui ne traite pas seulement du judaïsme mais de l'ensemble des religions non-chrétiennes, fut l'un des textes les plus discutés du concile et le 2e récoltant le plus de votes hostiles (en un lieu où la quasi-unanimité est d'ordinaire de rigueur). Soyons clairs, nous pensons que ce document est l'un des plus catastrophiques du concile : néanmoins, il va bien en deçà ce que suggère M. Goumain et ignore la plupart des demandes de M. Isaac, et le terme « enseignement du mépris » n'y figure pas. Il est aujourd'hui largement dépassé par les innovations théologiques philosémites de Jean-Paul II et de François, qui, même eux, n'arrivent toujours pas au niveau des exigences de M. Isaac.

Enfin, sur Gaza, il s'agit, de la part de l'auteur, soit d'ignorance coupable soit de mauvaise foi éhontée pour évoquer un quelconque « silence » du Vatican sur le génocide en cours : le pape François tout comme son successeur Léon XIV n'ont cessé, depuis le fameux 7 octobre 2023, de dénoncer l'agression israélienne, quitte à passer aux yeux de la droite française, massivement pro-Israël, pour des « islamo-gauchistes ». Le pape François a même publiquement prononcé le mot de génocide pour qualifier le massacre en cours en novembre 2024, mot répété par Léon XIV qui réclame, pour éclaircir la réalité de celui-ci, une enquête internationale sur la question.

M. Goumain prétend vouloir dénoncer par cet article la mainmise du lobby juif sur l'Église catholique tout comme sur l'ensemble du monde occidental, but louable que nous ne pouvons qu'approuver : il est scandaleux que des hommes d'Église se soumettent aux diktats d'une fausse religion dont le livre saint, le Talmud, regorge de blasphèmes contre Notre Seigneur et Sa Sainte

Mère et d'appels à la haine contre les chrétiens. Néanmoins, nous ne comprenons pas les erreurs manifestes, les raccourcis et simplifications abusives auxquels il se livre, si ce n'est dans le but, comme le suggère les commentaires au bas de son article, de s'en prendre à l'Église catholique elle-même. Quels que soient les points d'accord que nous pouvons avoir avec lui, il nous trouvera toujours sur son chemin quand il s'en prendra à notre mère la Sainte Église catholique, apostolique et romaine.

 

Quentin Douté, Secrétaire général du Mouvement National-Catholique

 

Retour aux articles

©National-catholicisme. Tous droits réservés.

Nous avons besoin de votre consentement pour charger les traductions

Nous utilisons un service tiers pour traduire le contenu du site web qui peut collecter des données sur votre activité. Veuillez consulter les détails dans la politique de confidentialité et accepter le service pour voir les traductions.