Réponse à l'article de Jean-Pierre Maugendre « Nous ne sommes pas des extrémistes »
Dans un article publié le 4 septembre 2025 sur le site de Renaissance Catholique et intitulé « Nous ne sommes pas des extrémistes », son président Jean-Pierre Maugendre mêle un certain nombre de vérités et d'erreurs, de morceaux de courage et de petites lâchetés (probablement inconscientes), qui sont partagées peu ou prou par un grand nombre de catholiques traditionalistes ou même conservateurs.
Nous précisons pour commencer que nous n'avons aucune hostilité envers M. Maugendre et son association, qui effectuent un très bon travail au service de l'Église et de la France. Loin d'empêcher les objections qui vont suivre, ce constat les encourage, et nous espérons bien qu'elles seront prises comme ce qu'elles sont : bien plus une correction fraternelle qu'une polémique violente.
Saluons tout d'abord les morceaux de courage.
« Le modèle culturel et historique inclusif à suivre serait celui de la cérémonie d’ouverture des JO de 2024, mélange d’impiété, de mauvais goût et de blasphème. Le tropisme extrême droitier commencerait dès les premières réserves sur l’apologie du trouple, l’éloge de l’avortement, et l’exaltation de personnages queers ou trans représentée par Barbara Butch, animatrice des nuits parisiennes et fièrement « femme, lesbienne, grosse, juive ». [...] Disons-le tout net, exalter la France, son histoire, son patrimoine, ses traditions culturelles ou gastronomiques est un geste éminemment politique à l’heure de la mondialisation liquide ou de l’islamisation des esprits et des mœurs. » : nous n'aurions pas mieux dit.
De même, les trois devises « Dieu premier servi », « La France aux Français » et « Travail-Famille-Patrie » sont évidemment nôtres, et celles de tous les Français conscients, il est fort salutaire de les rappeler (il aurait néanmoins été bon de rendre à César ce qui est à César : c'est à Édouard Drumont que nous devons « La France aux Français », et aux Croix-de-Feu « Travail-Famille-Patrie », il n'y a aucune honte à le rappeler).
Mais, trêve de compliments, passons au passage le plus litigieux : « Cela n’a rien d’excessif ni d’outrancier. Ce qui l’est c’est de prétendre changer la France, bâtir un « homme nouveau », caractéristique commune à tous les systèmes (communisme, fascisme, nazisme) qui depuis la Révolution française, et dans sa filiation, ont refusé à l’homme son statut d’héritier, de débiteur insolvable à l’endroit de ses ancêtres et de créature, blessée par le péché originel, certes, mais guérissable par la grâce et la pratique des sacrements.
La rhétorique antifasciste élaborée par ce génial propagandiste du Komintern que fut Willy Münzenberg (1889-1940) reste active, assimilant tout attachement aux Traditions, aux coutumes, à ce qui dure contre ce qui passe, au fascisme, nonobstant le fait que le fascisme se posait largement en héritier spirituel de la Révolution française, que le nazisme se revendique comme mouvement socialiste et que les principaux acteurs politiques de la collaboration avec l’Allemagne nazie, lors de la seconde guerre mondiale, étaient d’authentiques hommes de gauche : Jacques Doriot (1898-1945), fondateur du PPF (Parti Populaire Français) et ancien cadre dirigeant du PCF, Marcel Déat (1894-1955), créateur du RNP (Rassemblement National Populaire) frénétiquement anticatholique, et ancien ministre socialiste de l’Air en 1936. »
Le fascisme se posait en héritier spirituel de la Révolution française ? « Nous représentons l'antithèse nette, catégorique, définitive de la démocratie, de la ploutocratie, de la maçonnerie, en un mot de tout le monde des immortels principes de 1789. » (Benito Mussolini, discours du 7 avril 1926 cité dans Le fascisme-Doctrine et institutions)...
Le fascisme refuse à l'homme son statut d'héritier, de débiteur insolvable à l'endroit de ses ancêtres ? « Le fascisme est une conception historique dans laquelle l'homme n'est ce qu'il est qu'en fonction du processus spirituel auquel il concourt, dans le groupe familial et social, dans la nation, et dans l'histoire à laquelle toutes les nations collaborent. D'où la haute valeur de la tradition dans les mémoires, dans la langue, dans les mœurs, dans les lois de la vie sociale. » (Benito Mussolini, Le fascisme - Doctrine et institutions) Rappelons au passage le concordat de 1929 signé entre Mussolini et Pie XI, concordat faisant du catholicisme la religion d'État avec toutes les conséquences qui en découlent (interdiction du divorce, effets légaux du mariage religieux, enseignement religieux dans les écoles, etc.).
Le nazisme socialiste ? « Ce que nous entendons par ''socialisme'' n'a rien à voir avec le socialisme marxiste. Le marxisme rejette la propriété privée, le vrai socialisme, non. » (Adolf Hitler, 28 septembre 1930, rapportée par Francis Carsten dans La montée du fascisme). Comme le remarque Joseph Mérel dans Fascisme et Monarchie : « Le "socialisme" du national-socialisme ne fut qu’une manière, durcie par les nécessités d’une économie de guerre, de réhabiliter le primat du bien commun sur le bien particulier, et du politique sur l’économie. Hitler se prononça pour une organisation corporative de la société. »
Le nazisme refusant à l'homme son statut d'héritier, de débiteur insolvable à l'endroit de ses ancêtres ? C'est probablement la plus mauvaise critique que l'on puisse lui faire, puisqu'il repose tout entier sur la race et la nation.
L'homme nouveau ? Mais si l'expression était si blâmable, saint Paul ne serait-il pas le premier à être sur le banc des accusés ?
Par ailleurs, il ne faut jamais oublier que lorsqu'en Espagne, en 1936, les catholiques se sont soulevés au cri de « Vive le Christ-Roi ! » contre une horde de psychopathes qui brûlaient les églises et massacraient de la manière la plus sadique les prêtres et les religieuses (les « gentils » républicains espagnols), il n'y eut que l'Italie fasciste et l'Allemagne nationale-socialiste pour intervenir militairement à leurs côtés, tandis que les démocraties occidentales soutenaient, avec l'URSS, le camp des assassins profanateurs. De même, sur le Front de l'Est, entre 1941 et 1945, les choses étaient très claires : partout où les Allemands et leurs alliés passaient, on rouvrait les églises ; partout où l'Armée Rouge passait, on les refermait et on comptait les martyrs.
Jacques Doriot, authentique homme de gauche ? Longtemps en effet cadre du parti communiste, il le quitte néanmoins en 1934 et fonde le Parti Populaire Français en 1936 avec d'autres anciens communistes, mais aussi d'anciens des Croix-de-Feu ou de l'Action Française, sur un programme « ni droite ni gauche » mais clairement antimarxiste. Dès 1937 allié aux élections avec la droite conservatrice, il fait l'éloge du général Franco en 1938 et affirme en 1939 « l'éducation antichrétienne, appelée laïque, a été à l'origine de tous nos maux » (discours au congrès de l'Union Populaire de la Jeunesse Française) : comme homme de gauche, on fait pire...
Marcel Déat était effectivement un homme de gauche, très laïciste, et qui continuait à s'affirmer comme tel dans les années 1940-1944, même si, dès 1933, le slogan de son courant « néo-socialiste » était « Ordre, Autorité, Nation » : pas très wokiste comme gauche... Réfugié après la guerre dans un monastère en Italie, il se convertit et meurt chrétiennement en 1955. Son parti, le Rassemblement National Populaire, a fourni quelques futurs membres du Front National et supporters de Mgr Lefebvre comme François Brigneau et Roland Gaucher, ancien chef des jeunesses du RNP. Pour notre part, nous préférons largement ces « collabos de gauche » à des « résistants de droite » à la François Mitterrand...
La collaboration principalement le fait d'hommes de gauche ? Joseph Darnand, secrétaire général de la Milice française, était, comme la plupart de ses miliciens, issu de la droite nationaliste d'avant-guerre ; le célèbre hebdomadaire Je Suis Partout était composé d'anciens maurrassiens qui avaient rompu avec la germanophobie de leur « maître » ; le ministre du Maréchal et milicien Philippe Henriot, odieusement assassiné par des gangsters aux ordres de Londres en 1944, était l'un des chefs de file de la droite catholique de l'entre-deux-guerres ; les commissaires généraux aux questions juives Xavier Vallat et Louis Darquier de Pellepoix étaient tous deux proches ou membres de l'Action Française avant-guerre, et nous pourrions continuer longtemps...
Nous ne devons pas entrer dans le jeu du manichéisme simpliste qui nous est imposé sur cette période, et il est regrettable que M. Maugendre, qui n'est pas toujours aussi léger là-dessus (j'ai souvenir d'écrits bien plus lucides et équilibrés, notamment sur Brasillach), ait cédé cette fois à la facilité. S'il y eut de bons français (et bons catholiques) dans le camp des vainqueurs (nous pensons surtout à l’héroïque Honoré d'Estienne d'Orves), il y en eut aussi dans l'autre camp (parmi bien d'autres les miliciens du Grand-Bornand ou Jean Bassompierre, ancien officier de la division SS Charlemagne), ce qui ne peut se comprendre qu'en étudiant cette période comme de l'Histoire, et non comme de la « Mémoire » : c'est là un véritable combat à mener, notamment contre ce que l'israélite Annie Kriegel appelait l'« insupportable police juive de la pensée ».
« Assimiler la tradition française au fascisme est une imposture historique » affirme M. Maugendre : s'il s'agit évidemment d'un raccourci réducteur, on ne peut pas non plus, quand on connaît l'histoire réelle de cette période, voir une antinomie complète entre la tradition française et le fascisme. Un Marcel Bucard, ancien séminariste puis glorieux combattant de 14 devenu chef d'un parti fasciste, tout comme un Mgr de Mayol de Lupé, le prélat pur produit de la noblesse légitimiste devenu aumônier des volontaires français du Front de l'Est, par leurs personnalités mêmes, montrent que tradition française et fascisme sont bien loin d'être incompatibles.
En résumé, l'Histoire est un peu plus complexe que cela, et rejeter loin de la « tradition française » tous les « fascistes » et « nazis » est pour le coup une imposture historique motivée surtout par la peur du politiquement correct et de l'historiquement correct. Évidemment, libre à M. Maugendre comme à quiconque de critiquer tel ou tel aspect du fascisme (l'étatisme excessif par exemple) et du national-socialisme (le matérialisme biologique par exemple), tant que cette critique repose sur la vérité. Il faut en finir avec ce faux amalgame avec le communisme et avec ces anathèmes préfabriqués dont le seul but est de jeter loin de nous l'ombre des doctrines diabolisées. Mais diabolisées par qui et pourquoi ?
Car, enfin, extrémistes aux yeux de qui ? Un ordre social et moral chrétien n'est-il pas extrêmement éloigné de la société décadente, matérialiste, hédoniste et athée dans laquelle nous croupissons ? « Sans outrance ni excès », mais qui définit l'outrance et l'excès ? BFM-TV ? Le Grand Orient ? Le CRIF ? Et si l'on entend par « droite » les valeurs d'ordre, de tradition, de défense de la famille, de la propriété, de la religion, de la patrie, quel mal y aurait-il, surtout aujourd'hui dans l'état où se trouvent ces valeurs, à vouloir extrêmement les défendre ? Cette adjonction d’« extrême » n'est-elle pas même rendue nécessaire par la mollesse de ce qu'on appelle communément en France « la droite » ?
Il y a bien dû en avoir il y a 2000 ans, des conseillers prudents et avisés qui adjuraient Notre Seigneur Jésus-Christ de se modérer, d'éviter les outrances et les excès, mais Lui continuait à traiter les Pharisiens de « race de vipères » et à chasser à coups de fouets les marchands du Temple, car Il était là pour rendre témoignage à la Vérité. La vie d'un chrétien ne doit-elle pas être l'imitation de celle de Notre Seigneur ?
Pour finir, j'ignore où M. Madiran a dit que nous (catholiques traditionnels) sommes au centre (mais je crois sur parole M. Maugendre), en revanche je sais qu'un autre jour, où il était mieux inspiré, il a eu cette audace géniale de dire plutôt : « nous sommes à droite de l'extrême-droite », car il n'y a pas plus à droite que le droit naturel, et, par conséquent, Mussolini, Hitler, de même que M. Maugendre ou votre serviteur, tous, nous serons toujours plus à gauche que Notre Seigneur Jésus-Christ.
Quentin Douté, Secrétaire général du Mouvement National-Catholique